Démission
Donner sa démission : ce qu’il faut faire, et dans quel ordre
Démissionner est le seul mode de rupture qui ne se négocie pas : il produit ses effets dès qu'il est exprimé clairement.

Une volonté claire et non équivoque
La loi n’impose aucune forme. Une démission peut être donnée oralement, par lettre recommandée avec accusé de réception, ou remise en main propre contre décharge. Ce que le droit exige n’est pas un formalisme mais une intention : la volonté de rompre doit être claire et non équivoque.
Cette exigence protège le salarié. Une phrase lancée au cours d’une altercation, un message envoyé sous le coup de l’émotion, un départ précipité après une sanction : autant de situations où la volonté n’est ni claire ni dépourvue d’ambiguïté. Elles ouvrent une discussion sur la validité de la rupture, dont la fiche sur la démission donnée sous le coup de la colère détaille les ressorts.
À l’inverse, une démission écrite, datée et sobre ne se conteste pas. C’est un engagement : une fois exprimée clairement, elle ne se reprend qu’avec l’accord de l’employeur.
Ce qu’il faut vérifier avant d’écrire
Quatre points se contrôlent avant, jamais après.
La durée de votre préavis. La loi ne la fixe pas : elle résulte de votre convention collective, de votre contrat ou des usages de la profession. Trois mois pour un cadre, un mois pour un employé, parfois davantage : l’écart est considérable et il conditionne toute votre organisation. La fiche sur le préavis de démission explique comment le calculer et quand il commence à courir.
Les clauses qui vous suivront. Une clause de non-concurrence continue de produire ses effets après le départ. Une clause de dédit-formation peut vous rendre débiteur d’une somme. Relisez votre contrat et ses avenants avant, pas le jour de la sortie.
Ce qui vous est dû. Congés payés acquis non pris, RTT, compte épargne-temps, part variable au prorata, primes conditionnées à une présence : le solde se prépare. La fiche sur le solde de tout compte détaille les postes à vérifier.
Votre couverture santé. C’est le point le plus souvent découvert trop tard : une démission ne permet pas, en principe, de conserver la mutuelle de l’entreprise. La fiche sur la mutuelle après une démission explique pourquoi et ce qui reste possible.
La forme : brève, datée, sans motif
Un écrit n’est pas obligatoire mais il est vivement recommandé : il fixe la date, donc le point de départ du préavis, et il évite toute discussion ultérieure sur ce qui a été dit.
La règle d’or tient en une ligne : ne motivez pas. Une lettre qui expose des griefs contre l’employeur n’est plus tout à fait une démission — elle peut être analysée comme une rupture aux torts de l’employeur, avec des conséquences que le salarié n’a pas toujours mesurées. Une lettre qui annonce un nouveau poste, un projet ou un déménagement renseigne inutilement.
Le contenu utile tient en trois éléments : l’annonce de la démission, la date, et la mention du préavis que vous entendez exécuter. Rien d’autre. La fiche consacrée à la lettre de démission donne le détail de ce qu’il faut écrire et de ce qu’il vaut mieux taire.
Le préavis, et les cas où il ne s’applique pas
Le préavis court à compter de la notification : date de première présentation pour une lettre recommandée, jour de la remise pour une remise en main propre. Vous pouvez en différer le point de départ en le précisant dans votre lettre.
La dispense obéit à une règle simple et souvent inversée dans les esprits. Si l’employeur vous dispense de l’exécuter, il vous doit une indemnité compensatrice équivalente au salaire que vous auriez perçu. Si c’est vous qui demandez la dispense et qu’il l’accepte, rien ne vous est dû pour cette période.
Certaines situations libèrent du préavis sans négociation. La salariée enceinte peut rompre son contrat sans préavis et sans devoir d’indemnité de rupture. À l’issue d’un congé de maternité, la démission pour élever son enfant s’exerce également sans préavis, sous condition de délai de notification. Ces cas, comme la question d’un arrêt de travail survenant pendant le préavis, sont traités dans la fiche démissionner pendant un arrêt maladie ou une grossesse.
Enfin, tout cela vise le contrat à durée indéterminée. Un contrat à durée déterminée ou une période d’essai obéissent à des règles entièrement différentes : voir quitter un CDD ou une période d’essai.
Ce que la démission coûte, et ce qu’elle ne donne pas
Une démission n’ouvre droit à aucune indemnité de rupture. Vous percevez ce qui vous est dû au titre du contrat exécuté — salaire, congés payés, primes acquises — et rien de plus.
Elle n’ouvre pas non plus, en principe, de droit à l’allocation chômage, l’assurance chômage indemnisant la perte involontaire d’emploi. Des exceptions existent, encadrées et documentées auprès de France Travail : elles supposent d’être vérifiées avant de démissionner, jamais après.
C’est précisément ce qui rend la décision peu réversible. Une fois la démission acquise, le salarié qui découvre qu’il aurait pu emprunter une autre voie n’a plus, dans la plupart des cas, la possibilité de revenir en arrière. Faire examiner sa situation avant d’écrire — convention collective, ancienneté, contexte du départ, éléments de rémunération différée — coûte une consultation ; s’en apercevoir après coûte des mois d’indemnisation.
Les vérifications à faire
- Relever la durée du préavis dans la convention collective ou le contrat
- Relire le contrat : non-concurrence, dédit-formation, clauses de restitution
- Recenser congés payés, RTT et compte épargne-temps non soldés
- Vérifier les conditions de versement des primes et de la part variable
- Anticiper la fin de la couverture santé de l’entreprise
- Écrire une lettre brève, datée, sans exposer de motif
- Conserver la preuve de remise ou l’accusé de réception
Questions fréquentes
Une démission doit-elle être écrite ?
Non, aucune forme n’est imposée par la loi. Un écrit reste vivement recommandé : il fixe la date de notification, donc le point de départ du préavis, et évite toute contestation sur ce qui a été dit.
Puis-je revenir sur ma démission ?
Une démission claire et non équivoque ne se rétracte qu’avec l’accord de l’employeur. En revanche, une démission donnée sous la pression ou dans l’émotion peut être remise en cause pour un autre motif : son caractère équivoque.
Qui fixe la durée de mon préavis ?
La convention collective, le contrat de travail ou les usages de la profession. Le Code du travail ne fixe pas de durée générale pour la démission, contrairement au licenciement.
Si mon employeur me dispense de préavis, suis-je payé ?
Oui. Lorsque la dispense vient de l’employeur, il vous doit une indemnité compensatrice égale à la rémunération que vous auriez perçue. Si c’est vous qui demandez la dispense, rien n’est dû pour cette période.
Quels documents dois-je recevoir ?
Trois : le certificat de travail, le reçu pour solde de tout compte et l’attestation destinée à France Travail. Ils sont dus même en cas de démission.
Sources officielles
Convention collective, ancienneté, chronologie des faits : les mêmes événements n'appellent pas toujours la même réponse. Les pages de ce dossier reprennent chaque étape en détail.