Rupture conventionnelle

Demander une rupture conventionnelle à son employeur : par où commencer ?

Une rupture conventionnelle ne s'improvise pas. Ce qui se dit à l'entretien et ce qui se écrit sur le formulaire produit des effets qui durent bien au-delà de la sortie.

Mis à jour le 15 août 2026 · Lecture : environ 8 minutes

Demander une rupture conventionnelle à son employeur : par où commencer ?
La question en pratique. Une rupture conventionnelle ne se demande pas comme on pose une question. C’est une procédure encadrée, qui laisse peu de place à l’improvisation : ce que vous écrivez, la manière dont l’entretien se déroule et les dates portées sur le formulaire produisent des effets juridiques durables.

Ce qu’une rupture conventionnelle permet — et ce qu’elle ne permet pas

La rupture conventionnelle individuelle est le seul mode de rupture d’un contrat à durée indéterminée qui repose sur l’accord des deux parties. Elle est prévue aux articles L1237-11 à L1237-16 du Code du travail. Elle ouvre droit à une indemnité spécifique et à l’allocation d’aide au retour à l’emploi, ce qui la distingue de la démission. Trois limites doivent être posées d’emblée. Elle ne concerne que le CDI : ni le contrat à durée déterminée, ni le contrat d’apprentissage ne relèvent de ce dispositif. Elle suppose un accord : l’employeur peut refuser, sans avoir à motiver son refus, et aucun texte ne l’oblige à répondre. Enfin, elle ne règle pas un litige : si vous estimez avoir subi des faits de harcèlement ou des manquements de votre employeur, une rupture conventionnelle signée sans réserve rend ces demandes beaucoup plus difficiles à faire valoir ensuite. C’est ce dernier point qui justifie de ne pas traiter la demande comme une simple formalité administrative. La question n’est pas seulement « comment obtenir un accord », mais « qu’est-ce que je renonce à faire valoir en signant ».

Vérifier sa situation avant de formuler quoi que ce soit

Quatre éléments déterminent votre position, et tous se vérifient avant le premier mot prononcé. Votre ancienneté exacte, calculée jusqu’à la date de rupture envisagée et non jusqu’à aujourd’hui : elle commande le montant plancher de l’indemnité. Votre convention collective, dont l’intitulé figure sur vos bulletins de paie : elle prévoit parfois une indemnité de licenciement supérieure au minimum légal, et c’est alors ce montant plus favorable qui s’applique. La composition réelle de votre rémunération : primes, part variable, treizième mois, avantages en nature entrent dans le salaire de référence, et sont fréquemment oubliés. Votre statut : si vous êtes élu au CSE, délégué syndical ou conseiller prud’homal, la procédure n’est pas la même — elle passe par une autorisation de l’inspection du travail. La liste des pièces à réunir avant de se lancer détaille les documents qui permettent de faire ces vérifications.

Formuler la demande : ce que l’écrit engage

Aucun texte n’impose de forme à la demande. Vous pouvez l’aborder oralement. Mais un écrit présente deux avantages : il date la démarche, et il vous protège si la relation se dégrade ensuite. Il présente aussi un risque, celui de révéler ce que vous n’aviez pas intérêt à révéler. Une demande écrite qui expose un projet de reconversion, une embauche déjà trouvée ou une lassitude ancienne affaiblit considérablement votre position : elle indique à votre employeur que vous partirez de toute façon. À l’inverse, une demande qui invoque des manquements de l’entreprise transforme la discussion en préalable à un contentieux, ce qui n’est pas toujours l’effet recherché. La formulation mérite donc d’être travaillée avant l’envoi. La fiche consacrée à la lettre ou au mail de demande de rupture conventionnelle détaille ce qu’il est utile d’écrire, ce qu’il vaut mieux taire, et sous quelle forme transmettre le document.

L’entretien : au moins un, et le droit d’être assisté

Le Code du travail impose au moins un entretien entre l’employeur et le salarié avant la signature. Il n’en fixe ni le nombre maximum, ni le formalisme, ni de délai obligatoire entre l’entretien et la signature de la convention. Ce que le texte prévoit en revanche, et que beaucoup de salariés ignorent, c’est un droit à l’assistance. Vous pouvez vous faire assister par un salarié de l’entreprise. S’il n’y a pas de représentants du personnel, vous pouvez faire appel à un conseiller du salarié inscrit sur une liste préfectorale. Une règle de réciprocité s’applique : votre employeur ne peut se faire assister que si vous l’êtes vous-même. Chaque partie doit informer l’autre avant la date de l’entretien. Le déroulé de l’entretien de rupture conventionnelle mérite d’être préparé : c’est le moment où se fixe l’essentiel de ce qui figurera sur le formulaire.

La signature, puis quinze jours pour changer d’avis

La convention se matérialise par un formulaire Cerfa signé en deux exemplaires, dont un doit vous être remis. Ce point n’est pas cosmétique : l’absence de remise d’un exemplaire au salarié est l’un des motifs qui font annuler une rupture conventionnelle devant le conseil de prud’hommes. À compter du lendemain de la signature s’ouvre un délai de rétractation de quinze jours calendaires, ouvert aux deux parties. Il se compte en jours calendaires, dimanches et jours fériés compris, et se prolonge jusqu’au premier jour ouvrable suivant si l’échéance tombe un samedi, un dimanche ou un jour férié. Aucun motif n’a à être donné. La rétractation se notifie par lettre recommandée avec accusé de réception ou par lettre remise en main propre contre décharge. Ce délai n’est pas une précaution théorique : il existe précisément pour permettre de revenir sur un accord signé trop vite. Se rétracter après avoir signé est un droit, pas un manquement.

L’homologation, et le calendrier réel de la sortie

Une fois le délai de rétractation écoulé, la demande d’homologation est adressée à la DDETS, en principe par le téléservice TéléRC. Une dérogation reste possible, sur le formulaire Cerfa 14598, lorsque l’usage du téléservice est impossible. L’administration dispose de quinze jours ouvrables à compter du lendemain de la réception. Son silence vaut homologation. La rupture du contrat ne peut intervenir au plus tôt que le lendemain du jour de l’homologation : une date de sortie fixée trop tôt sur le formulaire est une erreur fréquente, et elle bloque le dossier. Comptez donc, en pratique, de cinq à sept semaines entre le premier entretien et la fin effective du contrat. Le contrat continue de produire ses effets pendant toute cette période : vous restez tenu de travailler, sauf dispense convenue, et vous continuez d’acquérir des congés. Il arrive que l’administration refuse. Les motifs sont presque toujours procéduraux et souvent réparables : la fiche sur le refus d’homologation par la DDETS détaille les causes et la marche à suivre.

Si l’employeur ne donne pas suite

Un refus n’a pas à être motivé, et l’absence de réponse est en soi une réponse. Votre contrat se poursuit alors aux mêmes conditions : aucune conséquence juridique ne découle du seul fait d’avoir demandé. Ce qui suit un refus compte davantage que le refus lui-même. Les décisions prises sous le coup de la déception — démission, arrêt de travail non justifié, cessation de présence — ferment des portes qui restaient ouvertes. Ce qu’il faut faire, et surtout ne pas faire, après un refus mérite d’être connu avant d’engager la démarche, pas après.

Ce qui peut rendre une convention contestable

Une rupture conventionnelle homologuée n’est pas définitive. Elle peut être contestée devant le conseil de prud’hommes dans un délai de douze mois à compter de l’homologation ou du refus d’homologation. Passé ce délai, plus aucune action n’est recevable. Deux familles de motifs prospèrent. Les vices du consentement : signature obtenue sous pression, menace d’un licenciement pour faute, situation de harcèlement contemporaine de la signature. Et les irrégularités de procédure : absence d’entretien, exemplaire non remis, date de rétractation erronée sur le formulaire. Les erreurs qui rendent une rupture conventionnelle contestable sont recensées dans une fiche dédiée.
À retenir. Trois dates gouvernent la procédure : la signature, la fin des quinze jours calendaires de rétractation, et l’homologation. Toute date de sortie antérieure au lendemain de l’homologation est irrégulière. Notez ces trois dates dès la signature, sur le même document que le numéro de dossier TéléRC.

Les vérifications à faire

  • Relever l’intitulé exact de la convention collective sur le bulletin de paie
  • Calculer l’ancienneté à la date de sortie envisagée, et non à la date du jour
  • Reconstituer la rémunération complète des douze derniers mois, primes comprises
  • Vérifier si l’on relève d’un statut protégé (CSE, délégué syndical, conseiller prud’homal)
  • Conserver copie de la demande écrite et de la réponse reçue
  • Exiger la remise d’un exemplaire signé du formulaire
  • Noter la date de fin du délai de rétractation dès la signature

Questions fréquentes

Mon employeur peut-il refuser sans se justifier ?Oui. La rupture conventionnelle repose sur un accord : aucune des deux parties ne peut l’imposer, et le refus n’a pas à être motivé. L’absence de réponse produit le même effet qu’un refus, et le contrat se poursuit normalement.
Combien de temps s’écoule entre la demande et la fin du contrat ?En pratique cinq à sept semaines : le ou les entretiens, puis quinze jours calendaires de rétractation, puis quinze jours ouvrables d’instruction par la DDETS, la rupture ne pouvant intervenir avant le lendemain de l’homologation.
Puis-je demander une rupture conventionnelle pendant un arrêt de travail ?La suspension du contrat n’interdit pas en elle-même de conclure une rupture conventionnelle. La vigilance porte sur le consentement : plus la situation de santé est liée aux conditions de travail, plus la validité de l’accord est susceptible d’être discutée ensuite.
Ai-je droit au chômage après une rupture conventionnelle ?Oui, sous réserve de remplir les conditions d’affiliation de droit commun. C’est l’une des différences majeures avec la démission, qui n’ouvre des droits que dans des cas limités.
Faut-il travailler pendant le délai d’homologation ?Oui. Le contrat produit ses effets jusqu’à la date de rupture : vous restez tenu d’exécuter votre travail, sauf dispense expressément convenue, et vous continuez d’acquérir des congés payés.

Sources officielles

Chaque dossier a ses propres règles

Convention collective, ancienneté, chronologie des faits : les mêmes événements n'appellent pas toujours la même réponse. Les pages de ce dossier reprennent chaque étape en détail.

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